slam souviens

Je me souviens, slam de Lulla Bell

Je me souviens

 

Je me souviens

L’odeur du pain grillé

Le matin

Au petit déjeuner

Les confitures de ma grand-mère

Et comme il fallait se taire

Un silence monacal

Pour ce repas matinal,

Nos cartables étaient bourrés

De livres et de cahiers

Nous les portions sur le dos

Ils nous fracassaient les os

La blouse sur nos vêtements

Nous servait de cache-misère

Nous n’avions pas beaucoup d’argent

Nous portions de vieilles affaires

Mais quelle importance

A cette époque

Nous avions l’innocence

Et qu’importe !

En classe c’était sérieux

On ne riait pas même un peu

Les coups de règles sur nos doigts

Nous aidaient à rester droits

On nous tirait les oreilles

L’insoumission ça se paye

Et si nous manquions de respect

Notre père nous attendait

Chaussure ou ceinturon

C’était selon

L’humeur du jour

Si j’y pense toujours

Je trinque à son amour

C’était pas le paradis

Mais l’enfer était pire.

 

Je me souviens

Le goût du pain aillé

Au goûter

La tomate écrasée

Et le filet d’huile d’olive

Une sensation régressive

C’était un petit plaisir

Fait pour nous ragaillardir,

Mes frères allaient travailler

A la vigne pour aider

Ma sœur et moi nous chargions

Des tâches de la maison

L’avenir était tout tracé

Pour les garçons c’était remplacer

Le père et pérenniser

Son entreprise sans diviser

Drôle de destiné

Quand on est doué

Pour les sciences et le français

Sans rébellion

Vivre la situation

Je devais être fille au foyer

Laver, nettoyer, cuisiner

Ma sœur toujours étudier

Pour décrocher un bon métier

A l’époque on s’exécutait

Un avis était inutile

Ces décisions imbéciles

Étouffaient nos ambitions

Sans exception

Rêves de star

Comédie et chanson

Me rejoignaient le soir

En liberté provisoire

Dans le puits de nuits sans fond.

 

Je me souviens

La petite fille

Tranquille

Qui en moi vieillissait

Bâillonnée par les interdits

A trop vouloir vivre sa vie.

 

Lulla Bell ©

23/08/2015

Autoportrait