Lulla Bell

Parler à mon père, par Lulla Bell

Je suis venue pour
Te dire au revoir
A la pointe du jour
De ce dernier soir
A pas de velours
Je fais le tour
Du lit
Dans lequel tu vis
Depuis trop longtemps
Il porte le poids
De tes maux trop lourds
Frissonnent les draps
Sous la fièvre qui court
Je suis venue pour
Te dire au revoir
Moi qui suis partie
En silence un soir
Il y a trop longtemps
Pour que tu t’en souviennes
Et pourtant l’oubli
Coule dans mes veines
Ride sur ma peau
Tremble sur mes lèvres
De cette bouche sortira
Une déclaration brève
Si le courage est là
Je suis venue pour un pardon
Je suis là pour tant de raisons
Je suis venue pour que tu saches
Que le destin souvent nous lâche
Que la vie hache
Ce qu’il y a de meilleur en nous
La possibilité d’un amour
Je suis venue te dire adieu
Et devant Dieu
Comme je t’aime enfin
Papa.

Lulla Bell ©

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Cracheuse de feu, par Lulla Bell

Misère
Alors je t’ai tourné le dos
Pour cracher toute ma nostalgie
Sur la flamme de ma folle vie

Coté jardin je n’y suis plus
Cherche moi plutôt coté rue
Je chante pour manger à ma faim
Mais c’est ainsi que je suis bien
Entre gouaille et pirouettes
Je n’en fais qu’à ma tête
J’ai franchi tous les interdits
Ainsi va ma vie
Je jongle avec des flammèches
Une goulée de Kerdane en bouche
Je crache sur la torche et fais mouche
S’embrasent la nuit et mes cheveux
Quelques étincelles sur un pas de deux
La saltimbanque te salue
Les poches vides et le cœur nu.

Lulla Bell

Fire eaters 542054 1280

Mes mains ne dorment plus, slam de Lulla Bell

Mes mains ne dorment plus

Elles n’obéissent plus

Aux lois que mon corps imposent

Jamais elles ne se reposent

Elles me torturent même la nuit

Le jour j’arrive à les calmer

J’ai de quoi les occuper

Je les punis en travaux ménagers

La nuit, elles me le font payer

Quand mon corps est au repos

Elles s’agitent dans tous les sens

S’ébattent comme des ailes

Qui voudraient s’envoler

Elles veulent se détacher

Cela n’a pas de sens

Je les ferme l’une contre l’autre

Nouant les doigts

Les uns dans les autres

Mais elles se crampent

Se redissent

Animées par quel feu

Je ne sais pas

Création, récréation

Elles font leur caprice

Elles me piquent

Me brûlent

Et je sens leur morsure

Celle d’un chien enragé

Il faut lâcher

Libérer ces dix doigts

Qui vont jouer des notes invisibles

Sur un piano imaginaire

A la portée de mes tourments

Mes mains me trahissent

Elles sont impatientes

Elles veulent un tempo

A marquer

Chefs d’orchestre de ma vie

Veulent me mener

Une cadence infernale

Je ne suis plus la danse des doigts

Il arrive qu’une me frappe

Et que l’autre dans les airs

Envoie valser un oreiller

Fébrilement je l’attrape

En plein vol

Et je plonge mon visage hagard

Dans le duvet

Comme une folle

Je voudrais me cacher

Je gémis à mots couverts

Pour personne ne réveiller

Vous riez j’en suis sûre

Vous trouvez cela absurde

Les yeux tournés vers le ciel

Je prie pour que mes mains se calment

Elles me jouent du violon

Du pipeau

Elles me narguent

Et je pleure en silence

Tout en serrant mes poings

Que je lève dans la nuit

Comme une dernière chance

En implorant demain

Qu’arrive le matin

Comme une délivrance

Mes mains ne dorment plus

J’ai peur qu’un jour, elles ne me tuent.

 

Lulla Bell

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